• Antoine Boureau

La Russie sibérienne

Bonjour les 6ème,


Merci pour votre message et vos nombreuses questions, je vais essayer d'y répondre le plus précisément possible.


- Le théâtre ressemble à un palais et la cathédrale nous a fait penser à la maison en pain d’épice de la sorcière dans le conte Hansel et Gretel. Connaissez-vous cette histoire ?

Je ne connais pas cette histoire, je connais seulement son titre. Je vais essayer de la lire avant de rentrer en France


- Voyagez-vous seul ?

Je suis en général seul mais j’ai travaillé avec une journaliste à Iakoutsk et là je suis en famille au Japon.


- Etes-vous allé voir une pièce de théâtre dans le bâtiment que vous avez photographié ?

Malheureusement je ne suis pas rentré dans le bâtiment, une autre fois peut-être.


- Avez-vous visité la cathédrale Saint Basile ?

Oui j’ai eu la chance de la visiter. On m’a dit que c’était souvent fermé. Et lorsque j’ai visité c’était très beau et très calme, j’étais presque le seul dedans. Voici un lien vers quelques photos :

https://www.antoine-photos.com/?search=sainte%20basile%20int%C3%A9rieur&orientation=


- Avez-vous vu des chronophotographies au musée de la photographie ?

Non, il n’y en avait pas dans celui là mais j’en ai déjà vu.


- Connaissez-vous l’identité de l’auteur de la fresque en arrière-plan du cycliste de la deuxième photo que vous nous avez envoyée ?

Très bonne question, cela m’est arrivé de retrouver les auteurs de fresque en particulier avec les photographies de Street art que j’ai prise à Bergen en Norvège mais pas dans ce cas là.


- Connaissez-vous la personne que vous avez photographiée sur son vélo dans la photo 2 ?

Non, il s’agit juste d’un passant contrairement à mes photographies de reportage celle-ci se différencie car elle est uniquement une photo d’illustration.


- Avez-vous sympathisé avec des gens que vous avez rencontrés au cours de votre voyage ?

Oui, beaucoup, surtout avec ceux qui était anglophone ou francophone !


- Avez-vous essayé le hockey avec Daniil ?

Malheureusement non, je n’ai pas essayé le hockey, mais n’étant pas très à l’aise sur des patins à glace, je crois que j’aurais été un peu ridicule.


- Quel pays vous a le moins plu ? Pourquoi ?

Chaque pays à son caractère avec ses forces et ses faiblesses. Ensuite, notre façon de percevoir un pays est influencée par notre propre état psychologique, si l’on est très fatigué parce que l’on voyage depuis très longtemps on ne ressentira pas les mêmes choses que si l’on est très heureux de partir en voyage. Mais pour répondre à votre question, je dirais que je n’ai pas réussi à comprendre Chypre qui est un drôle de pays avec une identité à la fois méditerranéenne dû à sa situation géographique et anglaise dû à son histoire.


- Vous avez indiqué que le pays qui vous a pour l’instant le plus plu est la Russie. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

Alors là aussi, c’est peut-être dû à ma façon de voyager plus qu’au pays en lui même. J’ai voyagé seul en Russie et en transport en commun et cela change beaucoup de choses. De plus la Russie est un pays certes plus pauvre que la France mais très cultivé avec une majorité de la population très éduquée. Tout le monde connaît les grands auteurs français tel Victor Hugo ou Emile Zola et ils ont une pensée sur l’état du monde aujourd’hui. C’est très agréable de discuter avec des russes !


- Vous achetez-vous des souvenirs ?

En général non, car après je dois les porter mais en Russie, on m’a fait beaucoup de cadeaux, donc je vais rapporter plein de petits objets !


- Depuis combien de temps êtes-vous photo-reporter ? Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce métier ?

Je suis photo-reporter depuis 13 ans maintenant et j’ai choisi ce métier pour deux choses principalement : d’une part car il me permet de pousser des portes et de découvrir des univers inconnus que cela soit en France ou ailleurs et d’autre part pour la liberté.


- Utilisez-vous des filtres lorsque vous photographiez vos sujets ? Retouchez-vous vos photos ?

Je n’utilise pas de filtre lorsque je prends mes photos, je n’utilise pas de flash non plus et oui je retouche mes photos mais de façon assez discrète. En général je retouche uniquement la luminosité.


- Dans votre première lettre, vous nous aviez expliqué que l’interview d’Elvira paraîtrait dans le magazine Géo Ado. Dans le message que vous avez envoyé à notre professeure de français (et qu’elle nous a lu, évidemment), vous évoquez votre travail pour Le Monde des ados et Reporterre. Travaillez-vous pour d’autres journaux, d’autres magazines ou d’autres associations ? Si oui, pouvez-vous nous préciser lesquels ?

Je travaille pour tous ceux qui sont intéressés par mes photos. Bien sûr, étant donné que je travaille plutôt sur des sujets « jeunesse » ou « environnement », j’ai tendance à travailler plutôt pour ce type de magazine. Ensuite il y a des magazines avec lequel je n'ai collaboré qu’une seule fois comme Chasseur d’Images qui est une revue de photographies et d’autres avec qui je collabore beaucoup plus régulièrement depuis plusieurs années comme Géo Ado, Le Monde des Ados, Phosphore et Astrapi. D’ailleurs, dans le Astrapi daté du 15 décembre un reportage que j’ai fait dans le Vercors où je suis allé dormir dans un igloo avec des enfants va être publié. Bien sûr ce reportage a été réalisé l’hiver dernier. Enfin, mes photos sont aussi beaucoup publiées dans des magazines allemands comme Geo Mini, Geo Lino ou Zeit Leo avec qui je collabore aussi.


- Votre travail pour Le Monde des ados ne concerne-t-il que la Russie ou bien allez-vous faire des reportages sur d’autres établissements scolaires dans d’autres pays ?

Alors là je ne sais pas encore car en général je propose un sujet et ensuite j’ai une réponse positive ou négative du magazine suivant mon idée. Si en réunion de rédaction le sujet les intéresse, dans ce cas là il me donne leur feu vert et je vais faire le sujet. Parfois je prends les photos et j’écris le texte et parfois je travaille avec un/une journaliste comme cela a été le cas à Iakoutsk.


- Lorsque vous travaillez pour des journaux ou des associations, pouvez-vous choisir les sujets que vous voulez traiter ou bien vous sont-ils imposés.

Si l’idée vient d’eux, le sujet m’est imposé mais 90% du temps c’est moi qui propose et donc je choisis les sujets qui m’intéressent.


Voici maitenant mon nouveau message :


Привет ! (se prononce Priviette et veut dire bonjour en russe de façon amicale)


Retour en Russie, après la Russie européenne dans le précédent message, allons maintenant en Sibérie et à la rencontre de différents peuples. En effet, en Russie il y a des russes mais aussi, dans certaines régions, d’autres peuples avec chacun leur langue, leur culture, leurs traditions. Certains de ces peuples sont appelés « peuples autochtones » car ils sont des descendants des premiers habitants à avoir occupé ces terres.


Par exemple, en Iakoutie, un des peuples autochtones, les Evenks étaient les premiers à occuper ces terres de façon nomade, puis un autre peuple est arrivé au 15ème siècle, les Iakoutes, puis au 17ème siècle les russes sont arrivés.


Si je m’intéresse particulièrement aux différents peuples et aux peuples autochtones en particulier, c’est qu’ils ont en général un rapport à leur environnement particulier. Ils sont liés à leur terre et certains continuent de vivre en étroite relation avec la nature. Ces personnes ont une conscience profonde que l’homme doit vivre avec la nature et qu’il est important de la respecter. Une grande partie de ces peuples étaient, ou sont toujours, animistes. Cela veut dire que tous les êtres vivants ont une âme et pas seulement les êtres humains.


Sans rentrer dans les détails, cette petite introduction explique pourquoi je me trouve à Salekhard au nord de la Russie dans la région appelé « District autonome de Iamalo-Nenetsi » pour partager du temps avec une famille du peuple Nenets. Après quelques jours sur place à rencontrer de nombreuses personnes, je pars en bus avec Yuri qui est Nenets mais qui lui a choisis de vivre en ville à Salekhard. Après ce trajet de cinq heures en bus, nous montons dans une voiture pour un nouveau trajet de cinq heures, au début sur la route, puis sur une piste. Enfin, à la nuit tombée, je rencontre la famille de Slepushkine. Yuri annonce au chauffeur qu’il faut revenir dans une semaine au même endroit à midi. C’est important de prendre un rendez-vous précis, car là où nous sommes il n’y a ni réseau téléphonique, ni Internet. Je vais partager la vie de cette famille en dormant sous la chum pendant une semaine.

Puisqu'il y a souvent des questions cuisines, voici quelqu'un à Salekhard, la veille de mon départ, préparant une assiette de Stroganina, c'est du poisson cru congelé, ça se mange comme ça et c'est délicieux.


Et vous, avez-vous déjà mangé du poisson cru ou de la viande crue ? Et connaissez-vous un autre pays où l’on mange du poisson cru ?




Dans la chum habitent Anya la grand-mère ; Slepushkine et Voladia les parents ; Savely le fils de 9 ans, interne à la ville et qui ne rentre qu’aux vacances ; Nastya, 6 ans ici en photo et Victoria 4 ans les deux filles et Miroslav, le bébé de 7 mois né au printemps.


Voici le paysage des environs de la chum la toundra.


Couture de peaux de rennes afin de fabriquer des vêtements.


Il faut bien s'habiller pour sortir, en octobre les températures oscillent entre 0 et -10° mais en hiver il fait entre -30 et -40 degrés.


Le bois est essentiel pour se chauffer mais aussi pour cuisiner.



La table du repas dans la chum avec du renne cru, des airelles au sucre, du beurre, du pain (sec) accompagné de thé et de biscuits.

Afin d'avoir de l'électricité, Slepushkine allume le groupe électrogène quelques heures chaque soir.


Après cette expérience assez intense, je suis retourné à Nadym en voiture et j’ai pris un bus en direction de la gare de Novyy Urengoy. Là je suis monté dans un train jusqu’à Tiumen pour rejoindre la fameuse ligne du Transsibérien.





Au total j’aurais passé 190 heures dans le train en Russie soit environ 8 jours et autant de nuit ! Et vous, avez-vous déjà pris le train ? Est-ce que vous aimeriez dormir dans un train ?


Voici ci-dessous une photo d’un panneau accroché dans mon wagon qui indique l’heure d'arrivée et de départ dans les différentes gares ainsi que les temps d’arrêts entre Moscou et Neryungri.



Ce n'est pas très lisible mais sur le côté il y a des petits +1, il s’agit du décalage d’horaire. Et oui, le pays est si grand qu’il y a de nombreux fuseaux horaires en Russie. Lorsque j’étais à Moscou et Saint-Pétersbourg, je n’avais qu’une heure de décalage avec la France, alors qu’à Khabarovsk j’avais 9h. Lorsque j’ai appelé une amie, il était 11h en France, alors que pour moi il était 20h. À la fin de l’appel nous avons pu nous souhaiter bon appétit mais pas pour le même repas.


De Tiumen, j’ai pris le train pour le nord du lac Baïkal, pour voir ce lac mais aussi pour effectuer un reportage sur le peuple Evenks et particulièrement les ados Evenks.


Plage de galets au bord du lac Baïkal partiellement gelée.

Le 5 novembre à Nijneangarsk, Aldar, 13 ans, répete pour une cérémonie Evenks qui a lieu la dernière semaine de novembre à Oulan Oude.

Aldar, 13 ans communique avec ses amis sur son smartphone au bord du lac Baïkal

J’ai pu aussi continuer mon travail sur les jeux d'enfants, voici une des photos qui ne sera sûrement pas à l'exposition mais qui a été prise lors d'une séance photo pour l'exposition.


Après quelques jours au bord du lac je suis parti avec Misha, 11 ans, et sa mère Galia rejoindre leur oncle Sasha, qui vit dans un campement d’éleveurs de rennes Evenks. Là aussi le transport fut assez long pour arriver : cinq heures de voiture, deux heures de motoneige et une heure en traineau tiré par les rennes.


Misha derrière son oncle sur la motoneige circulant sur le lac gelé Amut


Sasha attele des rennes à un traineau

Misha et un ami de la famille devant une Chum Evenks. Cette chum est utilisée pour les cérémonies uniquement car les Evenks ne vivent plus dans des chums mais dans des maisons en bois plus comfortable.

Misha caresse des rennes dans un enclos protégé pour la nuit des prédateurs qui sont les loups et les ours.


Un renne blanc

Le troupeau de rennes part pour la journée manger, le soir il rentrera dans l'enclos parfois de lui même parfois aidé par les hommes vivant au campement.


Je ne suis malheureusement resté que 2 nuits dans ce lieu incroyable car je devais prendre le train pour rejoindre Estelle à Iakoutsk. Estelle est journaliste pour différents journaux et magazines français. Elle est basée à Moscou avec sa famille et elle parle russe. Mon train arrivant de l'autre côté du fleuve Léna, j'ai dû le traverser sur un aéroglisseur afin de pouvoir la rejoindre.


Aéroglisseur permettant de relier Iakoutsk à Nizhniy Bestyakh en traversant le fleuve Lena entre la période d'été où la traversée s'effectue en bateau et celle d'hiver où elle s'effectue en voiture sur la rivière gelée.


Ensemble, nous avons réalisé plusieurs reportages dans cette ville si particulière qui est la plus froide du monde. Et là, il faisait vraiment froid. Nous avions entre -25° et -35° dans la journée. Je n’ai jamais fait autant attention à ne pas perdre un gant que dans cette ville ! Nous pouvions rester dehors environ 15 à 20 minutes avant de vraiment souffrir du froid. Les joues par exemple qui ne sont pas protégées par des vêtements se rigidifient et il devient difficile de sourire. Mais pour les habitants, cela n’était pas grand-chose, ils nous ont dit : normalement il devrait faire plus froid et de toute façon en janvier, les températures restent à -50°


Peu de gens dans les rues de Iakoutsk, on croirait que c'est le soir mais il est 15h30.


Au marché de Iakoutsk tout est congelé.


Avec Estelle, nous avons passé du temps dans différentes écoles. L’école en Russie regroupe toutes les classes du CP à la Terminale. Tous les enfants sont dans le même bâtiment et se croisent. J’ai trouvé cela vraiment bien car tout le monde prend soin de tout le monde.


Lorsque les élèves arrivent, ils commencent à aller aux vestiaires, changent de chaussures, enlèvent leur combinaison.


Et donc la récréation se fait à l’intérieur.

Mais cela n'empêche pas de jouer dehors au moment de la sortie ! Là il faisait -36°.


Enfin avec Estelle, nous avons aussi parcouru les forêts des environs de Iakoutsk dont une grande partie sont brûlées. Nous avons discuté avec les habitants pour comprendre les problèmes des conséquences des feux de forêts et avons aussi rencontré des scientifiques sur ce sujet.

Exceptionnellement j'ai aussi pris des photos avec un drone :


Pour ne pas terminer mon message sur le feu, voici une dernière photo. Je vous laisse deviner ce que c’est et à quoi ça sert?


Et je vous expliquerai le contexte de cette photo lors de mon prochain message car celui là est déjà vraiment très long.


Bonne fin d’année à vous,


Antoine