• Antoine Boureau

La Russie sibérienne

Dernière mise à jour : 6 déc. 2021

Bonjour les 5ème de Jarnac,


J'espère que lors de mon passage chez vous j'aurais l'occasion de goûter les "Cagouilles à la charentaise" !


Merci pour votre long message, voici à présent mes réponses à vos questions :


- Nous avons le sentiment qu'il s'agit d'un pays, l’Estonie, proche de la nature, dans lequel les maisons sont construites autour des arbres. Est-ce vraiment le cas ?

Oui l’Estonie est un pays proche de la nature et tout le monde m’a parlé des forêts, même les gens qui habitent en ville.


- De plus, vous parlez de tradition. Quelles sont justement les traditions particulières de cette île ? De la Russie où vous êtes allé par la suite?

Les traditions sur l’île de Kihnu sont surtout visible lors des fêtes. Par exemple dans chaque famille les femmes savent tisser et confectionner des vêtements. Les hommes sont souvent en mer soit pêcheur soit travailleur sur des cargos et sont donc souvent absents. Les habitants entretiennent aussi leur propre dialecte en particulier lors de chants. La musique traditionnelle est aussi plutôt active sur l’île.


- Pour le moment qu'avez vous préféré de la Russie?

Les gens sont très directs et vont nous dire très vite s’ils peuvent nous aider ou pas. Mais beaucoup sont très serviables et ils m’ont aidé dans mon travail de façon spectaculaire. Je ne peux pas tout vous raconter mais j’ai réalisé au total 9 reportages en 2 mois et j’ai pris plus de 12000 photos en Russie. C’est beaucoup plus que d’habitude. Sinon, pour revenir à votre question je pense que ce que j’ai préféré c’est marcher dans le froid, manger au wagon restaurant dans le train, pêcher dans un lac gelé et voir les rennes.


- Quels sont les plats traditionnels Russes ? Qu'avez-vous mangé chez les habitants?

Il n’y a pas beaucoup de plats traditionnels russes en dehors du Bortsch. Chez les gens, il y a souvent à table de nombreux plats : de la purée, de la viande hachée un peu comme des kofté, du pain, du bortsch bien sûr. Et en dessert il y a souvent des crêpes avec de la confiture maison. Et en boisson du thé à tous les repas.


- Quel a été votre plat préféré depuis le début de votre voyage ?

Je pense au poisson cru congelé le « Stroganina » que j’ai mangé sous une chum.


- Pour le moment qu'avez vous préféré lors de votre voyage ?

Être en mouvement et pouvoir partager du temps avec toutes ces personnes que le hasard de la vie m’a permis de rencontrer.


- Comment communiquez-vous avec les personnes que vous rencontrez ?

Il y a plusieurs moyens, soit de façon gestuelle, soit avec une application de traduction — sur mon téléphone j’ai installé « Yandex translate » qui fonctionne hors ligne — soit avec l’aide d’un interprète ce que je privilégie pour mes reportages.


- Est-ce que votre famille vous manque ?

Oui bien sûr mais j’apprécie aussi être là où je suis.


- Quel matériel utilisez-vous pour prendre vos photos?

J’ai un seul appareil photo, un Alpha 7 III et 4 objectifs : 2 objectifs fixes de 28 et 50mm et 2 zooms un 24-70 et un 70-200mm.


Voici maintenant mon nouveau message


Привет ! (se prononce Priviette et veut dire bonjour en russe de façon amicale)


Retour en Russie, après la Russie européenne dans le précédent message, allons maintenant en Sibérie et à la rencontre de différents peuples. En effet, en Russie il y a des russes mais aussi, dans certaines régions, d’autres peuples avec chacun leur langue, leur culture, leurs traditions. Certains de ces peuples sont appelés « peuples autochtones » car ils sont des descendants des premiers habitants à avoir occupé ces terres.


Par exemple, en Iakoutie, un des peuples autochtones, les Evenks étaient les premiers à occuper ces terres de façon nomade, puis un autre peuple est arrivé au 15ème siècle, les Iakoutes, puis au 17ème siècle les russes sont arrivés.


Si je m’intéresse particulièrement aux différents peuples et aux peuples autochtones en particulier, c’est qu’ils ont en général un rapport à leur environnement particulier. Ils sont liés à leur terre et certains continuent de vivre en étroite relation avec la nature. Ces personnes ont une conscience profonde que l’homme doit vivre avec la nature et qu’il est important de la respecter. Une grande partie de ces peuples étaient, ou sont toujours, animistes. Cela veut dire que tous les êtres vivants ont une âme et pas seulement les êtres humains.


Sans rentrer dans les détails, cette petite introduction explique pourquoi je me trouve à Salekhard au nord de la Russie dans la région appelé « District autonome de Iamalo-Nenetsi » pour partager du temps avec une famille du peuple Nenets. Après quelques jours sur place à rencontrer de nombreuses personnes, je pars en bus avec Yuri qui est Nenets mais qui lui a choisis de vivre en ville à Salekhard. Après ce trajet de cinq heures en bus, nous montons dans une voiture pour un nouveau trajet de cinq heures, au début sur la route, puis sur une piste. Enfin, à la nuit tombée, je rencontre la famille de Slepushkine. Yuri annonce au chauffeur qu’il faut revenir dans une semaine au même endroit à midi. C’est important de prendre un rendez-vous précis, car là où nous sommes il n’y a ni réseau téléphonique, ni Internet. Je vais partager la vie de cette famille en dormant sous la chum pendant une semaine.

Puisqu'il y a souvent des questions cuisines, voici quelqu'un à Salekhard, la veille de mon départ, préparant une assiette de Stroganina, c'est du poisson cru congelé, ça se mange comme ça et c'est délicieux.


Et vous, avez-vous déjà mangé du poisson cru ou de la viande crue ? Et connaissez-vous un autre pays où l’on mange du poisson cru ?




Dans la chum habitent Anya la grand-mère ; Slepushkine et Voladia les parents ; Savely le fils de 9 ans, interne à la ville et qui ne rentre qu’aux vacances ; Nastya, 6 ans ici en photo et Victoria 4 ans les deux filles et Miroslav, le bébé de 7 mois né au printemps.


Voici le paysage des environs de la chum la toundra.


Couture de peaux de rennes afin de fabriquer des vêtements.


Il faut bien s'habiller pour sortir, en octobre les températures oscillent entre 0 et -10° mais en hiver il fait entre -30 et -40 degrés.


Le bois est essentiel pour se chauffer mais aussi pour cuisiner.



La table du repas dans la chum avec du renne cru, des airelles au sucre, du beurre, du pain (sec) accompagné de thé et de biscuits.

Afin d'avoir de l'électricité, Slepushkine allume le groupe électrogène quelques heures chaque soir.


Après cette expérience assez intense, je suis retourné à Nadym en voiture et j’ai pris un bus en direction de la gare de Novyy Urengoy. Là je suis monté dans un train jusqu’à Tiumen pour rejoindre la fameuse ligne du Transsibérien.





Au total j’aurais passé 190 heures dans le train en Russie soit environ 8 jours et autant de nuit ! Et vous, avez-vous déjà pris le train ? Est-ce que vous aimeriez dormir dans un train ?


Voici ci-dessous une photo d’un panneau accroché dans mon wagon qui indique l’heure d'arrivée et de départ dans les différentes gares ainsi que les temps d’arrêts entre Moscou et Neryungri.



La photo prise avec mon téléphone n'est pas de très bonne qualité mais sur le côté il y a des petits +1, il s’agit du décalage d’horaire. Et oui, le pays est si grand qu’il y a de nombreux fuseaux horaires en Russie. Lorsque j’étais à Moscou et Saint-Pétersbourg, je n’avais qu’une heure de décalage avec la France, alors qu’à Khabarovsk j’avais 9h. Lorsque j’ai appelé une amie, il était 11h en France, alors que pour moi il était 20h. À la fin de l’appel nous avons pu nous souhaiter bon appétit mais pas pour le même repas.


De Tiumen, j’ai pris le train pour le nord du lac Baïkal, pour voir ce lac mais aussi pour effectuer un reportage sur le peuple Evenks et particulièrement les ados Evenks.


Plage de galets au bord du lac Baïkal partiellement gelée.

Le 5 novembre à Nijneangarsk, Aldar, 13 ans, répete pour une cérémonie Evenks qui a lieu la dernière semaine de novembre à Oulan Oude.

Aldar, 13 ans communique avec ses amis sur son smartphone au bord du lac Baïkal

J’ai pu aussi continuer mon travail sur les jeux d'enfants, voici une des photos qui ne sera sûrement pas à l'exposition mais qui a été prise lors d'une séance photo pour l'exposition.


Après quelques jours au bord du lac je suis parti avec Misha, 11 ans, et sa mère Galia rejoindre leur oncle Sasha, qui vit dans un campement d’éleveurs de rennes Evenks. Là aussi le transport fut assez long pour arriver : cinq heures de voiture, deux heures de motoneige et une heure en traineau tiré par les rennes.


Misha derrière son oncle sur la motoneige circulant sur le lac gelé Amut


Sasha attele des rennes à un traineau

Misha et un ami de la famille devant une Chum Evenks. Cette chum est utilisée pour les cérémonies uniquement car les Evenks ne vivent plus dans des chums mais dans des maisons en bois plus comfortable.

Misha caresse des rennes dans un enclos protégé pour la nuit des prédateurs qui sont les loups et les ours.


Un renne blanc

Le troupeau de rennes part pour la journée manger, le soir il rentrera dans l'enclos parfois de lui même parfois aidé par les hommes vivant au campement.


Je ne suis malheureusement resté que 2 nuits dans ce lieu incroyable car je devais prendre le train pour rejoindre Estelle à Iakoutsk. Estelle est journaliste pour différents journaux et magazines français. Elle est basée à Moscou avec sa famille et elle parle russe. Mon train arrivant de l'autre côté du fleuve Léna, j'ai dû le traverser sur un aéroglisseur afin de pouvoir la rejoindre.


Aéroglisseur permettant de relier Iakoutsk à Nizhniy Bestyakh en traversant le fleuve Lena entre la période d'été où la traversée s'effectue en bateau et celle d'hiver où elle s'effectue en voiture sur la rivière gelée.


Ensemble, nous avons réalisé plusieurs reportages dans cette ville si particulière qui est la plus froide du monde. Et là, il faisait vraiment froid. Nous avions entre -25° et -35° dans la journée. Je n’ai jamais fait autant attention à ne pas perdre un gant que dans cette ville ! Nous pouvions rester dehors environ 15 à 20 minutes avant de vraiment souffrir du froid. Les joues par exemple qui ne sont pas protégées par des vêtements se rigidifient et il devient difficile de sourire. Mais pour les habitants, cela n’était pas grand-chose, ils nous ont dit : normalement il devrait faire plus froid et de toute façon en janvier, les températures restent à -50°


Peu de gens dans les rues de Iakoutsk, on croirait que c'est le soir mais il est 15h30.


Au marché de Iakoutsk tout est congelé.


Avec Estelle, nous avons passé du temps dans différentes écoles. L’école en Russie regroupe toutes les classes du CP à la Terminale. Tous les enfants sont dans le même bâtiment et se croisent. J’ai trouvé cela vraiment bien car tout le monde prend soin de tout le monde.


Lorsque les élèves arrivent, ils commencent à aller aux vestiaires, changent de chaussures, enlèvent leur combinaison.


Et donc la récréation se fait à l’intérieur.

Mais cela n'empêche pas de jouer dehors au moment de la sortie ! Là il faisait -36°.


Enfin avec Estelle, nous avons aussi parcouru les forêts des environs de Iakoutsk dont une grande partie sont brûlées. Nous avons discuté avec les habitants pour comprendre les problèmes des conséquences des feux de forêts et avons aussi rencontré des scientifiques sur ce sujet.

Exceptionnellement j'ai aussi pris des photos avec un drone :


Pour ne pas terminer mon message sur le feu, voici une dernière photo. Je vous laisse deviner ce que c’est et à quoi ça sert?


Et je vous expliquerai le contexte de cette photo lors de mon prochain message car celui là est déjà vraiment très long.


Bonne fin d’année à vous,


Antoine